lundi 8 mai 2017

Écriture - l'autoédition, une option valable ?


Note 1 : le masculin est utilisé pour faciliter la lecture du texte.
Note 2 : mes réflexions se limitent l’écriture de fiction.
Le présent billet fait partie d'une suite de six réflexions qui s'intitule « Quand l'idée s'envole vers le lecteur»

Hum! Combien de fois m’a-t-on posé la question depuis cinq ans? Je ne compte plus. Encore une fois, la réponse s’avère être la même : ça dépend! Ça dépend surtout du talent, des compétences et du temps que l’auteur a à sa disposition. Pour expliquer la sensibilité d’une telle décision, passons par une analogie que j’aime beaucoup : le monde de la rénovation. Un propriétaire d’une maison (par comparaison au propriétaire de droits d’auteur) veut la vendre. Mais il doit d’abord améliorer son apparence, pour se donner plus de chances que quelqu’un l’achète. Les options à sa portée sont les suivantes :    

A) Engager un entrepreneur en rénovation dont la compétence est reconnue. Celui-ci s’occupera de tout, offrant un service «clé en main». Ça coûte cher, direz-vous? Vous chercherez à obtenir une subvention, par exemple pour améliorer la conservation d’énergie. Puis, une banque vous prêtera le reste, pour une partie de vos droits de propriété. Ce choix vous permettra de sauver du temps que vous réinvestirez dans vos autres intérêts.

Note : Ça correspond à engager une maison d’édition pour faire éditer un livre. Les modèles varient. Parfois, on n’a rien à débourser, mais dans ce cas, vos droits à la propriété intellectuelle seront limités. Si vous absorbez une partie de la facture, vos droits vous appartiendront.

B) Sortir votre marteau et votre scie et procéder vous-même aux rénovations. Le propriétaire est un touche-à-tout et il aime entreprendre des projets. Peut-être tente-t-il aussi de sauver quelques dollars. Par contre, il faut se rappeler le dicton «qui trop embrasse, mal étreint». J’aime encore mieux l’expression anglaise très imagée… «Jack of all trades and master of none.» (Jack de tous les métiers n’est maître d’aucuns). «Chacun son métier», dit-on aussi. Cette option peut s’avérer catastrophique, surtout si votre but est de vendre votre maison… même avec le plus grand enthousiasme, quelques défauts ou vices cachés pourraient s’ajouter lors de vos travaux. 


Note : Je déconseille cette option. L’édition de livre est fort complexe et les compétences nécessaires pour amener le manuscrit au lecteur sont nombreuses et trop exigeantes pour qu’une seule personne les applique toutes efficacement. Pensons à la révision, la correction, l’infographie, l’imagerie, la correction d’épreuves, l’impression, la mise en marché, la gestion de projet et, ne l’oublions pas, le respect des lois et des règlements en vigueur.  Faire tout par soi-même augmente énormément les risques que des erreurs se glissent lors de la fabrication du livre.

C) Se transformer en entrepreneur et engager des professionnels. Le propriétaire a des compétences de gestion de projets et il connaît les aléas du milieu de la rénovation au Québec. Il a le temps et l’énergie pour suivre de près tous les travaux. Il embauche des gens compétents pour chacune des phases du projet. Le résultat est professionnel, la règlementation est respectée et les défauts sont minimisés. Le propriétaire pourra vendre sa propriété sans inquiétude…

Note : Cette option correspond à l’autoédition et elle est de plus en plus populaire au Québec. La diminution graduelle des subventions réduit le nombre de livres produits par les maisons d’édition agréées. Les maisons d’édition indépendantes ne satisfont pas toujours les besoins des écrivains modernes. Par l’autoédition, l’auteur se transforme en entrepreneur et travaille directement avec les professionnels du métier, en gérant lui-même chaque projet d’édition. Ça lui apporte une grande liberté. Plusieurs décident même de créer leur propre maison d’édition pour mieux répondre à leurs attentes.

D’accord! Vous n’aimez pas quand je présente des options plutôt que répondre par oui ou non... Pourtant, la réponse dépend de plusieurs facteurs. Parlons donc spécifiquement de ceux associés à l’autoédition.

Pourquoi résistons-nous à utiliser le terme? Parce que l’autoédition n’a pas bonne presse. Pas plus que le terme «à compte d’auteur», d’ailleurs. Les Anglais et les Américains parlent de «Vanity Press» (Édition basée sur la vanité).  Ce phénomène me fascine. Dans n’importe quelle industrie, un nouvel entrepreneur est accepté d’office comme un partenaire et un compétiteur sérieux. Cet entrepreneur est-il vaniteux parce qu’il veut vendre le produit qu’il vient de créer? Parce qu’il veut livrer lui-même un service qui lui est propre? Parce qu’il veut tirer profit de sa propriété intellectuelle reliée à son processus ou son produit? NON. On le considère d’office comme un égal. Sauf dans le domaine du livre. Là, l’auteur qui décide de publier son livre autrement que par le modèle agréé est «vaniteux». C’est ridicule. C’est n’importe quoi. C’est même abusif, discriminatoire. 

Il y a une grande différence entre VANITÉ et FIERTÉ. Les gens qui choisissent l’autoédition professionnelle travaillent fort et dur pour vivre leur passion et partager leurs idées. Il n’y a rien de complaisant ou de vaniteux dans cette action. Par contre, ces auteurs ont raison d’être fiers de leur travail, de leur gestion de projet et, surtout, du résultat.


Note : ensemble, on peut changer les choses. Soyons fiers de gérer soi-même la mise en marché de nos œuvres! Les lecteurs sont intelligents. Votre sourire et votre assurance l’inciteront à examiner vos livres. La qualité de ce que vous offrez l’encouragera à les acheter.  

Malheureusement, comme dans n’importe quel commerce, l’autoédition inclut les gens qui choisissent l’option B décrite plus haut. Ça n’aide pas à rehausser l’image. Je ne m’arrête pas trop à ça. Le lecteur est intelligent. À moins qu’il ne soit snob, il se fout de ces batailles linguistiques sans envergure. Il choisit ses lectures pour leur qualité, en vertu de ses intérêts. Il sera d’ailleurs fort curieux de savoir que vous éditez vous-même vos livres.

De toute façon, le modèle de l’autoédition se professionnalise au Québec. L’auteur devient entrepreneur et s’allie des professionnels du livre (correcteurs, graphistes, réviseurs, comités de lecture, coach, etc.) pour créer un ouvrage de qualité qui saura plaire aux lecteurs. Il gère lui-même son projet (recherche, ISBN, dépôt officiel, contrats, etc.) Il est fier de ses choix et, en prime, il en retire une grande satisfaction!

Cependant, ce modèle n’est pas la panacée pour tous. Ça prend des compétences pour gérer des projets. Il faut y consacrer le temps nécessaire. L’expérience joue un grand rôle. Quant aux connaissances associées à l’édition du livre au Québec, elles peuvent s’acquérir. Plusieurs cours existent, à l’université ou par des particuliers d’expérience. Quand on veut, on peut.

  Pour ma part, j’applique ce modèle d’édition depuis plusieurs mois maintenant et je travaille sur mon deuxième projet d’édition. Pour mettre toutes les chances de mon côté, je me suis associée à Bouquinbec, un bel exemple d’entreprise qui aide les auteurs à mieux gérer leurs projets d’édition. Ses services sur mesure comprennent un groupe de professionnels (correcteurs, réviseurs, graphistes et maintenant un traducteur vers l’anglais), les services d’impression et de catalogue en ligne, l’offre de places en Salon du livre au Québec, de la formation, des rencontres et bien d’autres avis et conseils.      

Conclusion : 

En résumé, l’auteur doit choisir l’option qui lui convient. L’autoédition n’est pas faite pour tous. Mais, si vous avez le goût de relever le défi d’éditer vous-même votre livre, pour garder un meilleur contrôle sur votre projet et sur vos revenus, ce modèle professionnel devient une excellente option.

Si vous décidez de publier votre livre en autoédition, plongez jusqu’au bout. Publier des livres de qualité avec l’aide de professionnels et en vous entourant de gens compétents.

Je vous souhaite de belles heures d’écriture!
Suzie Pelletier



5 commentaires:

  1. Peut-être parler des coûts associés à chaque option?
    Est-ce le sujet de votre prochain billet?
    Parce que je crois qu'une fois qu'on connait ses compétences, ce qui peut influencer son choix, ce sont les coûts.

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  2. La question des coûts est évidemment une question intéressante. Ils varient énormément en fonction des choix que l'auteur fait. À mon avis, il faut traiter plutôt que des coûts spécifique trop variables. J'ai traité de l'importance d'évaluer nos moyens financiers disponibles dans mon blog précédant (comment choisit-on un éditeur ?). Pour le reste, il appartient à l'auteur de faire sa propre recherche en fonction de ses besoins.

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  3. Je trouve très utile la distinction que vous faites entre tout faire sois-même et engager des pro. Je reçois souvent cette question, mais pourquoi devrais-je payer si je peux faire moi-même, je suis sûr que je suis capable. (Vanité plus souvent qu'autrement) Mon argument principal, vous êtes un professionnel? Si oui, vous voudrez être reconnu comme tel : vous donnerez donc la chance à votre oeuvre d'être diffusé professionnellement. Pour ce qui concerne l'impression, tant que l'autoédité n'a pas accès aux distributeurs agréés, il continuera à donner une image amateur à son livre. Ce modèle me paraît profiter de l'illusion que se font les auteurs, juste parce qu'ils considère qu'un livre doit être imprimé pour avoir sa reconnaissance, alors qu'il s'agit plutôt d'être en librairie, et chez les détaillants mondiaux. Merci pour votre billet et tribune! ;)

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  4. Merci Jimmy pour votre commentaire. Je veux tout de même faire une petite correction. Le fait d'autoéditer son livre et celui d'être en librairie ne sont pas mutuellement exclusifs. Je connais de nombreux auteurs qui autoéditent leur livre et nous les trouvons en librairie très facilement. Le tout est d'ajouter un distributeur dans la brochette de professionnels à engager. Cette décision augmentera, bien sûr, les coûts de production puisque il faudra mettre les livres "en office" et cela requiert l'impression d'au moins 500 exemplaires, parfois plus. Ça réduit aussi les revenus puisque le distributeurs et le libraire gardent ensemble près de 60 % des recettes. Il faut noter que le fait de ne pas être en librairie réside plus souvent dans le choix du libraire de ne mettre que les livres d'auteurs connus sur ses tablettes.

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  5. Merci Suzie pour cet excellent article. C'est tellement bien expliqué. L'autoédition se professionnalise et les auteurs son en train de comprendre que s'ils engagent de bons professionnels, leur livre sera meilleur et ils se dégageront du temps pour assurer la promotion de leur livre que personne ne fera à leur place. L'auteur est son meilleur promoteur.

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