mardi 2 mai 2017

Écriture - Comment choisit-on un éditeur ?


Note 1 : le masculin est utilisé pour faciliter la lecture du texte.
Note 2 : mes réflexions se limitent l’écriture de fiction.
Le présent billet fait partie d'une suite de six réflexions qui s'intitule « Quand l'idée s'envole vers le lecteur»
Je m’intéresse à ce sujet depuis quelques années. J’ai d’ailleurs écrit plusieurs publications qui se trouvent sur la rubrique «écriture» de ce blogue. Je cite ici le billet qui m’apparaît le plus pertinent : Le monde moderne de l’édition. Il date du 5 novembre 2013, mais il est toujours pertinent. Il présente très bien ma compréhension du sujet.
On me demande souvent «Où puis-je trouver un éditeur?» La question m’étonne encore; il me semble qu’elle devrait plutôt se lire comme suit : «Comment puis-je trouver une maison d’édition qui répond à mes attentes?» L’auteur est le propriétaire de ses droits. Quand il décide de partager ses idées, il se transforme en entrepreneur pour les commercialiser. Une idée saugrenue? Non... quoiqu’inhabituelle dans le monde de la littérature du Québec.
En tant que propriétaire de ses droits, l’auteur qui cherche à commercialiser sa création utilise l’une des options suivantes : 1) engager une firme chaudement recommandée ou une personne qu’il connaît bien; 2) demander des soumissions et choisir une entreprise qui gèrera le processus en fonction de critères précis déterminés par lui; 3) choisir l’option «entreprenariale» et gérer lui-même le processus. Les deux derniers énoncés débouchent généralement sur une discussion remplie de scepticisme :
— Des soumissions? Pour négocier? Gérer moi-même? me demande-t-on en affichant un air de scepticisme.
— Que croyez-vous que l’auteur fait quand il envoie son manuscrit à une maison d’édition? Il cherche tout simplement à décrocher un contrat! 
— On ne peut pas traiter un éditeur comme une firme de service! réplique-t-on.
— Pourquoi pas? L’œuvre de l’écrivain et son droit intellectuel seraient-ils moins importants qu’une résidence? Qu’une invention? Qu’une automobile? Il faut négocier! Avec plusieurs, pour trouver le meilleur deal! De toute façon, les maisons d’édition ne sont pas des organismes à but non lucratif ! Ils veulent faire de l’argent avec votre livre, vos droits ! Négociez ! 
Généralement, on me regarde de travers, bouche bée. Je suis une auteure hors norme, je sais... parce que je suis aussi une femme d’affaires. Pour certains, je fais peur. D’autres voudraient suivre mon exemple, mais je fais trop extraterrestre. Pourtant, j’en suis fière.
Revenons à notre sujet, « comment trouve-t-on une maison d’édition? » Lorsqu’il sent que son œuvre est prête, l’auteur-entrepreneur examine d’abord deux aspects importants : a) les moyens financiers à sa disposition; et b) les critères de décision.

LES MOYENS FINANCIERS
Commençons par expliquer quelques formes d’éditions que l’on retrouve au Québec. 
Édition subventionnée (aussi appelé à compte d’éditeur ou agréée). Une maison d’édition subventionnée s’occupe entièrement du financement d’un projet. Comprenez-moi, elle ne fait pas ça par altruisme... Elle peut demander une subvention du Conseil des arts (Canada) et/ou de la Société du développement des entreprises des arts (SODEC — Québec). En contrepartie, elle n’a pas le droit d’exiger la moindre contribution de l’auteur. Au Québec, le Ministère de la Culture et des Communications maintient une liste de ces éditeurs. 

Liste des éditeurs agréés (Québec)

Édition non subventionnée (aussi appelé à compte d’auteur ou indépendante). L’éditeur indépendant gère le processus entier (modèle conventionnel) moyennant une contribution en tout ou en partie de l’auteur. Un partenariat. L’Alliance des éditeurs indépendants maintient une liste de ses membres, mais cette liste n’est pas inclusive de tous les éditeurs indépendants. 

Listes des éditeurs indépendants (Québec)

Autoédition (elle fait également partie de l’édition indépendante). S’il en est capable et s’il désire un meilleur contrôle du processus d’édition, l’auteur peut prendre en charge la production et la diffusion de son œuvre. Il ne s’affilie pas à une maison d’édition. Il peut aussi devenir son propre éditeur. Il assume la totalité des coûts de publication et de mise en marché.

Note : Je traite de cette méthode actuellement en transformation dans mon prochain blogue.

Les coûts secondaires. Ce volet s’applique à partir du moment où le livre a été publié. Il concerne la communication, le marketing, la mise en marché, etc. Par exemple, examinons le coût des présences en Salons du livre, etc. Les maisons d’éditions bien établies, qui reçoivent généralement des subventions pour les Salons du livre, peuvent payer en tout ou en partie les déplacements des auteurs. Également, les Salons du livre invitent des écrivains vedettes et payent entièrement leurs déplacements. Pour la majorité des écrivains, ils doivent assumer en tout ou en partie leurs déplacements et parfois les coûts de la location des stands. 


En plus des déplacements, les coûts secondaires comprennent un nombre d’éléments qui varie selon les choix de l’auteur. J’en cite quelques-uns : la mise de fonds (édition indépendante), un site web, une boutique en ligne, des communications, la publicité, les photos, les voyages en région et bien d’autres. 
Les revenus. Les revenus sont principalement de trois sources : 1) les redevances et les revenus directs, 2) les bourses et les prix, 3) les revenus secondaires provenant, entre autres, des conférences et des produits dérivés.
L’auteur qui décide de publier son œuvre doit tenir compte de tous ces facteurs pour choisir le modèle qui l’intéresse.


LES CRITÈRES DE DÉCISION
Examinons quelques questions d’importance qui aideront un auteur à établir de bons critères pour accepter ou refuser un contrat offert. Partez toujours avec l’idée qu’il y en aura! Soyez fier de votre œuvre!  
Les droits d’auteurs. Les maisons d’édition subventionnées exigent que vous cédiez vos droits d’auteurs ou, à tout le moins, que leur utilisation soit restreinte pour quelques années. Pour l’édition indépendante, l’auteur garde l’intégralité de ses droits d’auteur.
Le processus d’édition et de correction. Ce critère est essentiel à la fabrication d’une œuvre de qualité. J’ai traité de ce sujet dans mon billet « les fonctions de l’éditeur ».
La promotion. Que propose la maison d’édition? Envisage-t-on des présences dans les salons du livre? Des séances de dédicaces dans les librairies? Organisera-t-on votre lancement? Quelle publicité propose-t-on
Le revenu attendu. Cela dépend du nombre de livres imprimés et du pourcentage des redevances. Lorsque l’édition est subventionnée, l’auteur reçoit généralement 10 % du prix de vente. En édition indépendante, le pourcentage dépend de la mise de fonds par l’auteur. En autoédition, l’auteur reçoit 100 % des revenus nets (après avoir payé les frais comme le libraire, le distributeur, la présence sur le web, etc.) 
L’accompagnement. La maison propose-t-elle du coaching, de l’aide à la communication, la préparation aux entrevues? Aurez-vous accès à un réseau d’auteurs pour profiter de leur expérience?
La réputation de la maison d’édition. Il y a d’excellentes maisons et d’autres firmes bien mauvaises, tant du côté des éditions subventionnées que de celui des indépendantes. Renseignez-vous. Curieusement, la première partie des critères sont exactement les mêmes que pour l’engagement de n’importe quel entrepreneur dans un autre domaine :
Est-ce que l’éditeur a fait l’objet de plaintes ou de signalement à la protection des consommateurs? S’il traite mal ses lecteurs, elle traitera mal ses collaborateurs.
Est-ce que les auteurs, partenaires de la maison, sont satisfaits? Communiquer avec quelques auteurs associés à l’éditeur et posez-leur quelques questions au sujet des paiements de droits d’auteur, des présences dans les Salons du livre, du climat de travail, de leur satisfaction face au résultat final et autres. La plupart accepteront de vous parler. L’Union des écrivaines et des écrivains québécois peut indiquer s’il y a des plaintes d’auteurs.
Consultez le registre des entreprises, pour en savoir plus sur les maisons d’édition et sa santé financière.

La qualité. N’hésitez pas à visiter les librairies, les bibliothèques et les Salons du livre pour examiner des exemplaires publiés par les maisons d’édition pour lesquelles vous envisagez de soumettre votre manuscrit.
  •  Le livre doit contenir tout ce qui est nécessaire (ISBN, CIP, date d’impression, etc.)
  •  Le dépôt des livres à la BANQ (Québec) et le Conseil des arts (fédéral) ont-ils été faits?
  •  Est-ce que l’apparence du texte vous convient? L’espacement entre les lignes, les marges, la pagination, la place du titre, les débuts de chapitre.
  •  Est-ce que vous trouvez des fautes? La norme de l’industrie du livre est d’une faute (grammaire, typographie, orthographe) par 10 pages de textes.
La catégorie de l’écrit. Dans quel genre littéraire s’inscrit votre livre? Les auteurs commettent souvent cette erreur. Par exemple, n’envoyez pas un roman historique à une maison qui n’en a jamais publié. Ne présentez pas un livre érotique à une maison qui se spécialise dans le livre d’enfant. Visiter le site web de la maison et examiner les collections et les livres du catalogue. 
En somme, avant de proposer son manuscrit en vue d’obtenir un contrat, l’auteur analyse ses moyens financiers. Puis, il choisit ses critères de décision. Il se renseigne sur les maisons d’édition et il s’assure que les maisons à qui il proposera son manuscrit répondent à ses attentes.

LA SUITE…
À l’origine, la série «Quand l’idée s’envole vers le lecteur» ne devait contenir que huit textes. Par contre, mes recherches, au fil de l’écriture, m’a incité à traiter certains points plus en profondeur. Ainsi, dans le prochain billet, le dixième de la série, je traiterai de l’autoédition, une méthode actuellement en transformation au Québec. 

En dernier, j’ai noté l’importance de revenir sur la notion de marketing d’auteur même si j’en ai déjà beaucoup parlé; ce sera le 11e texte... 
N’hésitez pas à me faire parvenir vos questions. Elles me permettent de poursuivre ma réflexion. Le milieu du livre me fascine et avec chacune de mes publications, j’apprends sur l’écriture et l’édition et le milieu littéraire en général.


Je vous souhaite de belles heures d’écriture !
Suzie Pelletier


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire