dimanche 5 mars 2017

Lecture - Jean-Jacques Pelletier - Questions d'écriture



Ces livres qui nous cherchent... 

Un jour, le ménage de nos nombreuses bibliothèques s’imposait, car elles débordaient... encore! Ce bouquin vêtu de blanc et de noir se trouvait là, coincé entre deux Chrystine Brouillet déjà lus, sur le rayon d’en haut. En lisant son titre, je me suis souvenue du moment où j’en ai fait l’acquisition, bien malgré moi d’ailleurs. 
Voyez-vous, je n’aime pas les essais. Ce soir-là, je participais à un évènement littéraire où on a procédé à un tirage. Tous des essais. Quand mon numéro est sorti, j’ai choisi celui qui me paraissait un peu plus intéressant : « Question d’écriture : réponses à des lecteurs » de Jean-Jacques Pelletier. 

Ce matin de dépoussiérage, ce livre a capté mon attention. Je l’ai ouvert au hasard, à la page 100, puis j’ai lu : 
« (...) l’inspiration n’est pas un substitut au travail, ni même son déclencheur : elle est la conséquence. L’inspiration, c’est ce qui survient, parfois, au terme d’un long travail. Et plus le travail s’accumule au fil des années, plus les moments d’inspiration se multiplient. »  
 Wow! Je trouvais là des mots et des phrases à mon goût et j’ai eu envie de lire le livre d’un couvert à l’autre. J’ai adoré. J’ai réfléchi. J’ai ressenti du bonheur. 

À travers son expérience, Jean-Jacques Pelletier discute du métier d’écrivain avec une éloquence de philosophe et un humanisme qu’on acquiert avec la sagesse. Il jongle avec le cynisme et le réalisme pour nous intéresser à l’univers du livre au Québec, le bonheur d’écrire et le métier d’écrivain. À travers son texte, on sent à quel point il est fier d’être là où il est rendu, quelque part sur la ligne continue de l’apprentissage. Ses mots sont empreints de cohérence et d’humour. 

Jean-Jacques a mis des mots sur ce que je ressens depuis que j’ai décidé de publier mes livres. Ça m’a fait du bien. J’ai compris que je n’avais pas à être humble, mais que je pouvais être sage et déterminée ainsi qu’une apprenante infatigable. J’ai le droit ultime de poursuivre mon métier malgré mes choix de faire carrière hors des sentiers battus.

On entend souvent dans le monde littéraire une expression qui joue du violon avec mes nerfs : « Il faut être humble pour être écrivain... » Je grince des dents chaque fois. Si je ferme les yeux, je me retrouve à 10 ans devant ce prêtre, l’abbé Lacoursière, à qui j’avais demandé qu’il m’explique pourquoi je devais porter un chapeau dans l’église alors que mon frère devait l’enlever. Je trouvais ça con. Il m’a répondu : « Une jeune fille doit être humble devant Dieu. » Mon frère, lui, avait le droit d’être fier. Je m’étais sentie humiliée. Depuis, j’ai maintenu cette promesse faite à moi-même ce jour-là de toujours marcher la tête haute, malgré l’adversité.

Aujourd’hui, je refuse cette humilité mal placée qu’on veut encore m’imposer parce que j’ai choisi un métier mal compris et boudé par l’establishment québécois; en preuve, la pauvreté des émissions sur la littérature dans nos médias. Je ne suis pas « juste une écrivaine ».  Plutôt, je suis une écrivaine fière de ses réalisations. Je ne m’excuserai pas d’écrire. Je ne baisserai pas la tête. Jamais ! En lisant le livre de Jean-Jacques Pelletier, j’ai compris que j’avais ce droit, celui d’être satisfaite de ce que j’ai accompli jusqu’à présent, de vouloir continuer d’explorer les facettes de l’humanité et de les décrire. Apprendre à gérer la critique n’a rien à avoir avec l’humilité, mais plutôt avec l’acceptation que d’autres ont le droit à des opinions différentes des nôtres. C’est le fait d’être adulte. Retravailler son texte par soi-même et à la suite d’avis professionnels n’a rien à faire avec l’humilité, mais s’attache plutôt à une volonté insatiable d’exploiter son talent de la meilleure manière possible, de continuer d’apprendre. Pour que chaque livre soit nouveau, différent.

« Question d’écriture » mérite d’être lu, savouré même. Pour mieux comprendre les auteurs quand on est lecteur. Pour mieux comprendre notre métier et nos choix quand on est écrivain. Pour mieux se comprendre soi-même. Mon exemplaire est marqué de jaune et d’orange, avec des notes dans la marge, pour mieux retrouver les passages qui m’ont touchée.

Je vous laisse avec une autre citation qu’on trouve à la page 24 :
« J’écris pour le plaisir qu’il y a à construire une histoire ou un essai, à travailler un texte. Pour le plaisir qu’il y a à le reprendre, à le peaufiner, parce que le travail n’est jamais terminé, parce qu’à travers le texte, c’est sur soi-même et les autres qu’on apprend. »
Merci  à Jean-Jacques Pelletier pour sa générosité qui transpire dans ce livre.

Bien sûr, j’ai aussi voulu savoir ce qu’écrivait cet homme qui a fait de la philosophie une profession, cet enseignant devenu écrivain. Je me suis retrouvée dans un monde d’intrigue internationale où la déchéance humaine, l’exploitation des uns et la manipulation des autres prennent toute la place. Je suis en train de lire « Bain de Sang », son dernier roman et j’adore son style. Jean-Jacques Pelletier est également nouvelliste et essayiste. On trouve plus d’information sur son site web.

http://jeanjacquespelletier.com

Bonne lecture !

Suzie Pelletier



2 commentaires:

  1. Fait pas être humble quand on écrit... faut être fort. Pour que le besoin, le plaisir, le travail remportent sur le doute. Pour que l'écrivain ne soit pas écrasé par le lecteur admiratif qu'il est des textes des autres.

    RépondreSupprimer
  2. Le cycle Les Gestionnaires de l'apocalypse est super bon.

    RépondreSupprimer