lundi 7 mars 2016

Voyage - Irlande - Mayo terre de tourbières


Voici quelques bribes d’un récit de voyage qui s’inscrit dans l’album « Deux Québécois en vadrouille en Irlande » que vous pouvez retrouver sur ma page wattpad.com. Notre séjour de trois semaines, en 2004, nous a permis de voir des choses extraordinaires et de rencontrer des gens formidables. Voici une description de ce qui nous frappe d’abord en arrivant dans ce compté peu populeux. 

Cette grande région verdoyante de l’Irlande n’est pas très développée. Son système routier est élémentaire, rudimentaire même. Le nombre de résidents sur ce territoire est minime en comparaison du reste de l’île. Les champs aplanis par la présence d’immenses tourbières, l’absence d’habitation et les bouts de forêts aux couleurs d’émeraude nous gardent souvent bouche bée. De magnifiques paysages qui coupent le souffle. Que ce soit au bord d’une plage sablonneuse qui s’étire sur des kilomètres ou sur le rebord d’une falaise morcelée qui tombe dans la mer bleue verte, le Mayo ne laisse personne indifférent. Les touristes, peu nombreux sur ces terres perdues, prennent le temps de respirer l’air frais aux odeurs des algues qui flottent jusqu’à la rive et de la tourbe qui sèche au soleil.    
 Le Mayo est une terre de tourbières. Connaissant bien le milieu des tourbières au Québec, je ne m’attendais pas à voir ces immenses champs qui s’étendent à perte de vue, parfois en bordure de mer. Même, j’hésitais à traduire leur expression « bug » par le mot « tourbière », tant la différence était frappante. Voici une description.
On connaît surtout ce coin d’Irlande pour ses immenses étendues de matières spongieuses, les « bugs » comme les Irlandais les appellent. Ces vastes terrains demeurent constamment mouillés et vaseux. Le fond rocheux empêche l’eau de pluie de pénétrer profondément dans le sol et l’oblige à s’accumuler en surface. À ceci s’ajoutent les précipitations abondantes tout au long de l’année et la température qui reste générale plutôt froide. On trouve donc en ces lieux, des conditions idéales pour la formation de tourbières, comme nous en avons observé ici dans l’ouest de l’Irlande, mais aussi dans le nord de l’Écosse, dans les Hybrides, dans les Orcades et dans les Shetlands.
Les « bugs », ces territoires inhospitaliers, ont été la source de nombreuses histoires d’horreur, du loup-garou à l’extraterrestre, en passant par le nuage toxique. Il faut comprendre que la nature même de ces tourbières est propice à inventer des raisons aux disparitions soudaines et jamais élucidées...
Cette substance gélatineuse et acide est également un bienfait pour la sauvegarde du patrimoine archéologique. En effet, ces régions étant peu habitées, elles recouvrent des vestiges de la période néolithique qui n’ont été dérangés ou modifiés que par les éléments naturels uniquement, non pas par l’activité humaine. Un corps complet et bien conservé a été retrouvé près de Galway. Le tanin contenu dans la tourbe a tout simplement transformé la peau en cuir, protégeant ainsi l’ensemble du cadavre contre la décomposition. Cet homme est probablement tombé dans une partie plus liquide de la tourbière et il s’est noyé. Le macchabée a complètement glissé dans la vase en un rien de temps.
Mais, d’où viennent ces tourbières ? Comment se sont-elles développées ? N’y avait-il pas des forêts pour absorber toute cette eau ? Comme sur les montagnes des Appalaches qui ont la même source géologique...
Curieusement, une question demeure sans réponse claire concernant l’origine de ces champs. Une théorie, supportée par plusieurs chercheurs, énonce que les conditions climatiques aient radicalement changé, il y a environ 6,000 ans; la température serait devenue plus humide et plus froide. Cette situation aurait, avec le temps, causé la déforestation et permis l’accumulation de tourbe. Une deuxième idée, plus populaire chez les anthropologues, veut que les hommes qui ont occupé ces régions depuis a 5 à 6000 ans aient contribué grandement au déboisement. En effet, les communautés du néolithique coupaient habituellement tous les arbres sur leur ferme pour s’adonner à l’agriculture et l’élevage de bétail. Le bois était également utilisé pour la construction des maisons et comme combustible pour chauffer et cuisiner.
En attendant que le milieu scientifique et les archéologues se décident sur une réponse unique, nous continuerons notre voyage pour explorer plus à fond cette Irlande étonnante. 

Entretemps, je vous souhaite bon voyage, peu importe où vous souhaiterez vous rendre ! 


Suzie Pelletier
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