vendredi 13 mars 2015

Cuba 17 — fêter Noël à Cuba




Lors de notre passage à Cuba, nous avons remarqué l’absence de manifestation religieuse. George, notre guide pour la visite de la forteresse, nous a indiqué qu’à l’époque de la révolution, il était interdit de faire des processions à caractère liturgique dans la ville, de fêter Noël ou Pâques. Par contre, j’ai trouvé peu de références à cette décision nationale dans les livres touristiques. Si les Cubains sont très sociaux et fort jasants, peu d’entre eux discutent de politique, même si l’édit dictatorial datait de plusieurs dizaines d’années. Les bouquins de voyages s’arrêtent à nous parler simplement du passage du Pape Jean Paul II, en janvier 1998, comme un fait historique qui a aidé le pays à se refaire une économie. 

 Nous étions donc curieux d’apercevoir les décorations de saison dans l’immense hall de notre hôtel, le Iberostar Parque Central. Le soir, les glaçons de plastique qui s’accroche aux balcons s’allument intensément; la musique de Noël accompagnait notre repas. Par contre, il n’y avait aucune autre manifestation dans les environs ni dans l’épicerie Harris, la banque ou la Prado.    







Nous avons trouvé la plus grande occurrence sur la Plaza de la Cathedrale. À gauche de l’entrée principale de la Cathedrale de San Cristóbal de La Habana, une immense crèche a été aménagée. Si les Cubains s’attroupent devant les restaurants et les vendeurs de rues, personne ne porte attention à ce témoignage de la chrétienté. D’ailleurs, de notre groupe, seuls les Canadiens, quelques Américains et des Chiliens ont capté des photos. 



Même si le pays se définit maintenant comme étant de confession catholique, on attire les touristes en leur parlant plutôt des croyances d’origine africaine qui se sont installées dans l’île avec l’arrivée massive des esclaves. La musique et les habits typiques du culte Santeria font état de leurs déités particulières. 

J’ai tout de même trouvé un texte sur Wikipédia qui explique un peu plus le phénomène de la religion à Cuba. Cet article très court m’apporte la confirmation que, après la révolution, la pratique de la foi a été fortement limitée; d’ailleurs, les ecclésiastiques chrétiens ont été expulsés du pays ou incarcérés, leurs biens étant également nationalisés. Les adeptes de la Santeria ont été persécutés. Une statistique étonne : 60 % de la population cubaine a reçu le baptême; par contre, 98,5 % sont tout simplement agnostiques. Sur l’île, on dénombre un demi-million de protestants ainsi que 1 500 juifs. La communauté chinoise est fort probablement bouddhiste et il est fort possible que les Arabes installés à Cuba soient musulmans. Comme il y a séparation entre l’état et la religion, la pratique de la foi demeure une valeur personnelle.

Revenons à la fête de Noël. Dans les années 1990, après l’effondrement du bloc soviétique, l’économie de Cuba plonge dans une grande noirceur. Les Cubains se tournent vers l’Église pour obtenir de l’aide par charité. Le gouvernement décide d’être plus tolérant et retire les interdits. On note même qu’à l’époque, Fidel Castro invite les chrétiens à devenir membres du Parti communiste cubain. Aujourd’hui, si on ne persécute plus les religieux, l’état les surveille; du bout des lèvres, on nous rappelle que le clergé s’était lié avec la CIA lors du débarquement dans la baie des cochons... en 1961. La fête de Noël, interdite de 1959 à 1998, a eu le temps de sortir complètement du folklore cubain. Le jour de l’An est devenu un évènement plus important sur l’île. Tout cela nous laisse perplexes. Pourquoi toutes ces manifestations que nous retrouvons dans les sites touristes et les hôtels si les Cubains ne s’y intéressent pas ? Sans doute le fait-on au bénéfice des nombreux Canadiens qui pourraient ressentir une grande nostalgie de vivre cette période ailleurs que les deux pieds dans la neige. 

Nous avons passé la fête de Noël à Varadero, dans le complexe Iberostar Laguna Azur. Si les restaurants étaient tous fermés le 24 décembre pour un repos, tous étaient ouverts le jour de Noël. Nos questions sont restées sans réponses. Nous n’avons pas pu élucider si le congé avait un fondement liturgique ou autre... L’hôtel offrait des spectacles de danses et de chants tous les soirs. Celui du 24 décembre avait une allure un peu plus religieuse. Pour épater les touristes, bien sûr. Rien de plus.



Dans notre famille, réveillonner à Noël ne fait plus partie de ces traditions incontournables que nous trouvions un peu trop remplies de mercantilisme. Depuis plusieurs années maintenant, nous nous contentons de souligner l’arrivée du premier jour de la nouvelle année. Ainsi, en ce 24 décembre 2014, Denis et moi ne ressentions pas de nostalgie face à cette fête qui nous vivions, par choix, loin de chez nous. Par contre, nous avons trouvé plutôt curieux de passer plusieurs heures en costume de bain, les pieds dans le sable blond, à regarder les vagues chaudes s’abattre sur la plage. Il faisait 28 °C et non pas -20 °C. À la maison, c’est le temps du ski, de la pelle à neige, des tuques, des bottes et des mitaines. Bizarrement, c’est de l’hiver que je me suis ennuyée ce jour-là...

Les voyages nous aident à changer d’air, à nous dépayser, à remettre en question nos façons d’être et à réfléchir sur nos traditions. 

Je ne sais pas si nous retournerons un jour à Cuba, mais je suis convaincue que nous passerons encore la fête de Noël 2015 loin de Montréal ailleurs dans le monde...


Suzie Pelletier 

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